samedi 10 novembre 2012

Grandes puissances 08 - 11 (cours 10)

Rousseau évidemment.




Merci à Eve pour la prise de notes de ce cours !





Georges Scelle effectue une distinction entre l’international et l’interétatique. Il défend l’idée fédérale notamment en Europe. On doit dépasser le niveau étatique, car ce dernier freine les mouvements des populations qui favorisent la paix, et car les États sont les fomentateurs de la guerre.
Le droit des gens va prendre la forme d’un droit public européen. Ce dernier est décisif pour comprendre le droit international aujourd’hui qui lui, se ramène principalement durant la formation des États aux conventions et traités passés entre les États. Ces conventions sont censées codifier les relations entre les puissances.

Avant le XX° siècle, il n’existe pas d’États faibles, effondrés (« collapsed state ») car un État faible était systématiquement phagocyté, avalé par son voisin. On a rigidifié la notion de souveraineté pour éviter le phagocytage d’États. On a donc dans la seconde moitié du XX° siècle une multiplication de nombre d’États. On peut dire que la notion d’États défaillants a multiplié le nombre d’États.

La guerre est reconnue comme telle par le droit public européen. Il y a une réalisation de ce que Rousseau dit : « la guerre est une relation d’État à État et non pas d’homme(s) à homme(s) ». Carl Schmitt écrit que le politique est caractérisé par sa relation ami - ennemi. Il précise que l’ennemi n’est jamais l’ennemi privé. Précision de ce que disait donc Rousseau. C’est quelque chose qui va aussi s’effacer au XX° siècle, ce qui explique pourquoi Schmitt regrettait le droit public européen.  En utilisant cette catégorie de civilisation, le droit public européen, en reconnaissant la force brute et la nécessité de la codifier, a civilisé une partie des rapports internationaux.
Même s’il va de soi que comme les sujets de droits sont les États et seulement eux, que ces États sont souverains, les conventions qu’ils passent entre eux ne gardent leur validité qu’aussi longtemps que les États le souhaitent, aussi longtemps que ces conventions correspondent aux intérêts des États. Aussi les États et leurs relations telles que définies dans le droit Européen vivent à l’état de nature, caractérisé par l’absence d’une autorité supérieure commune capable de donner des règles de droit et de les faire respecter. Cette idée d’état de nature de la scène internationale a été théorisée au départ par Hobbes dans son Léviathan.

Le droit public européen peut être représenté de la manière suivante : il n’y a de droit proprement dit qu’à l’intérieur des États souverains et à l’extérieur, entre ces États, règne l’état de nature. Ce dernier est relativement civilisé puisqu’il l’est par un certain nombre de conventions, fragiles certes, mais qui apparaissent comme précieuses.

L’état de nature est potentiellement un état de guerre, du moins la menace permanente de la guerre.  L’Europe du droit public européen fut, si ce n’est une Europe en guerre permanente, du moins une Europe vivant la crainte permanente de la guerre. C’est l’un des arguments des USA pour mettre en place leur forme politique. On a donc une Europe qui vit une organisation civilisée mais craintive d’une guerre ; il n’en reste pas moins que sur le long terme, du XVII° au XIX° siècle, et en dépit d’un certain nombre de guerres, on a constaté qu’il y avait une tendance croissante à la paix. Pour Benjamin Constant, cette pacification relative de la scène internationale s’explique par le développement du commerce.

Il y a un certain équilibre des puissances (« balance of power ») : cet équilibre, certes fragile mais en mouvement, évite qu’une puissance prenne le pas et écrase les autres. C’est une notion centrale pour les réalistes. Cet équilibre a été préservé surtout par un pays : le Royaume-Uni. Du point de vue de son intérêt, le Royaume-Uni maitrise les mers ; la maitrise des mers est accompagnée d’actions pour empêcher qu’une puissance coloniale parvienne à l’hégémonie sur le continent européen. Pour compléter sa maitrise des mers, le Royaume-Uni va aider financièrement ses alliés sur le continent pour éviter que n’apparaisse une puissance dominante. Dans ce cadre, le droit appartient proprement à la vie intérieure des États souverains, États qui sont motivés essentiellement par leur intérêt national, États dont les relations dessinent une scène d’état de nature qui tend de fait vers un équilibre relativement pacifique, parce que réglé par la « balance of power ».

Cette formule de la politique publique européenne avant la Première Guerre Mondiale a été, par beaucoup de ses contemporains, considérée comme un progrès de la civilisation. Période parfois considérée comme une sorte d’âge d’or, notamment par Carl Schmitt. Il pense qu’ensuite on sort du droit public européen à cause de l’hégémonie des USA. Au XX° siècle, tous les moyens sont bons. Il n’y a plus de séparation entre combattants et non combattants.

À lire : Le concept de politique, Carl Schmitt.

On trouve des critiques de l’ordre public européen, avant la transformation politique du début du XX° siècle, par deux conservateurs : Rousseau et Kant.  
Pour Rousseau, l’individu est pris entre deux maux : l’ordre public européen interne, qui revient à une tyrannie, et l’état de nature, c’est à dire la menace de la guerre. Ces deux penseurs considèrent que le statu quo des puissances ne l’est pas tant que ça.
Kant considère cette « balance of power » comme une chimère car elle peut s’effondrer selon lui au moindre choc. Il va  tenter de dépasser cet ordre politique ; il reconnaît ce qu’il considère comme les « vertus civilisatrices des dispositions agressives de l’humanité » : il n’y aurait pas de droit international s’il n’y avait pas de guerres. Il y a donc un conflit potentiel permanent. La guerre fait partie de l’histoire telle qu’elle se déroule sous nos yeux, mais la loi morale exprime en nous son véto : il ne doit pas y avoir de guerre. Une telle critique aura une certaine influence, notamment lorsque Kant va élaborer un cadre avec son ouvrage Vers la paix perpétuelle. Il a vu juste sur ce qui allait se passer : il faut un cadre extérieur de relatives influences. Il y a en effet des conditions extérieures de régulation de la vie internationale indépendamment des rapports de force, ces conditions étant d’ordre juridique.

Chine 07 - 11 (cours 5)


 Poupées symbolisant les 56 ethnies chinoises <-- lien pour des photos plus stylisées des 56 ethnies



Lu Xun, dans les années 1920 qui était un romancier chinois regrettait que la parole soi couverte de cette manière. Il reprochait aux Chinois de ne pas parler ouvertement comme les Russes, d’être à mots couverts, d’être fourbes en quelques sortes.  Lors de la période des Cent Fleurs, où les intellectuels pouvaient s’exprimer librement, le pouvoir en a profité pour écrémer ceux qui parlaient trop ouvertement.

En peinture aussi, le tableau de Luo Zhongli que Puel juge comme art contemporain d’avant-garde, a pour but de préparer au réalisme de propagande. Ce tableau représente pour les Chinois, une critique politique tandis qu’en France, il serait plus banal. En effet, pour un Chinois, la référence au paysan est lourde de sens, surtout que cette population paysanne est très présente en Chine. Ce tableau fit scandale pour plusieurs raisons. D’une part, dans le communisme, la paysannerie est valorisée. De nombreux membres du parti sortent d’une paysannerie aisée comme Mao ou Deng Xiaoping, jamais des plus bas niveaux de la paysannerie ceci dit. De plus, le paysan représente véritablement les forces vives du pays (la Longue Marche). Idem lors de la collectivisation où ils étaient les personnages principaux, on fait une collectivisation des terres agricoles en pleine période du Grand Bond en avant (politique entamée par Mao qui décide à cette époque d’aller plus vite vers le socialisme, mais le référentiel reste l’industrie soviétique). La gestion des terres devient donc collective alors qu’en 1949, on a déjà supprimé les quelques grandes propriétés, en 1950, on a donné à chaque famille un tiers d’hectare de terres cultivables en plus de ce que vous aviez auparavant. Pour les historiens, on a discuté de cette loi dite sociale, pour des communistes on veut égaliser les conditions de vie de tout le monde en réduisant les revenus des trop riches et en augmentant celle des trop pauvres. De plus, ce tiers d’hectare dans le Sud subtropical de la Chine va nourrir toute une famille de manière diverse, dans le Nord où la culture est plutôt uniforme (blé, millet, …) cela suffit à peine à nourrir une famille. Au moment de la collectivisation, on leur reprend ce qu’on leur a donné et on redistribue. Cela n’aurait rien changé si on n’avait pas rajouté en campagne, l’industrie avec des mines, des industries et des hauts fourneaux polluant, … On produit alors en grande quantité de l’acier de mauvaise qualité pour faire des bâtiments et des rails. Mais cet acier ne fut que très peu utilisé. S’en suit alors une grande famine en Chine lié au fait que la plupart des paysans travaillaient dans les usines et ne purent récolter leurs cultures.

En conséquence, on représente le paysan chinois toujours comme étant jeune, fort et en bonne santé. Sur le monument du document, on voit une paysanne brandissant une gerbe de blé accompagnée par un ouvrier, un militaire, un intellectuel, d’autres ouvriers et deux hommes avec des chapkas, des Mandchous. Le triptyque soldat, paysan et ouvrier est la base d’une représentation formée dés 1927 dans la lutte ouverte contre le Guomindang.
En revanche, la peinture de Luo Zhongli, sortie en 1980, montre une vieux paysan affamé. A cette époque, les dirigeants dans la lignée de Mao hésitent à continuer la voie socialiste typique avec son économie planifiée qui menacent de lâcher, ou à dessiner une nouvelle économie plus ouverte. Les héritiers du système totalement socialiste, trouvent donc le tableau totalement déplacé, le Chinois paysan est vieux, fatigué et semble affamé. Dans l’année précédant le tableau, on décide que la décollectivisation est en marche, les paysans sont particulièrement pauvres et cela éclate aux yeux de tout le reste de la Chine. Le premier ministre de l’époque Zhao Ziyang explique qu’ils peuvent cultiver les terres pour eux-mêmes en laissant pour l’Etat de petits quotas de céréales, de légumes et de fruits. Cela permet aux paysans de mieux vivre. En 1980, Deng Xiaoping fixe que les paysans peuvent décider par eux-mêmes de leur production. Cet excédent pourra être vendu sur des marchés ruraux.
Ultime dimension de ce tableau, les Libéraux semblent soutenir l’idée de l’artiste. Le peintre semble protégé par les partisans de Deng Xiaoping. D’ailleurs entre 1978 et 1980, c’est le mouvement du Mur de la Démocratie. A Pékin et d’autres grands centres urbains se développent des dazibaos, affiches verticales sous forme de grands messages rédigés portant dessus des critiques contre la bureaucratie et le régime. On sait aujourd’hui que Deng Xiaoping qui n’était pas président, a fait croire au monde entier qu’il s’agissait d’un mouvement spontané de désir de liberté, alors qu’il est derrière ce mouvement qu’il soutient. En revanche, en 1979, Deng Xiaoping arrête le meneur de ce mouvement faussement populaire, Wei Jinsheng qui avait fait un texte intitulé La 5° modernisation, prônant la démocratie et la liberté, et le met à mort. On a donc sous ce tableau, la patte assez nette de Deng Xiaoping car le peintre sans influence aurait poussé davantage sa critique sur le thème de la liberté paysanne, non pas de l’enrichissement paysan.
Ce même tableau à l’ère actuelle, nous fait voir surtout que le paysan de l’époque est le grand oublié de la politique chinoise, en dépit de certains progrès, les lois sur l’école, le droit à la propriété dans la constitution chinoise, … La critique détournée peut prendre un sens hors de son contexte, mais ce sens est alors biaisé.

Dans le discours politique on a donc tout en discrétion comme dans la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques où des batteurs jouaient un air sur des chaudrons de bronze en imitant une cérémonie funéraire, or cela évoquait directement les évènements de la place Tian’anmen. Cela aura d’ailleurs vexé les dirigeants de l’époque.

2.      Agir selon une pensée globale des problèmes : la gestion des minorités

Cette technique du laisser faire se voit plus particulièrement dans la gestion des minorités nationales. Tibétaines, sino-vietnamiennes, Cantonais, Hui (Musulmans), … Au total, on a une cinquantaine de minorités ethniques en Chine réparties de manière très inégales géographiquement. Dans la province du Ningxia, on a des Hui ; dans la province du Xingjiang, des Ouigaurs ; dans le Tibet, les Tibétains ; dans le Yunnan, on a plusieurs ethnies différentes et dans les Guanxi, ce sont les Nanning. Ce sont les plus grandes minorités et leurs régions bénéficient d’une grande autonomie.
Certaines minorités ont eut un traitement de faveur qui les a pratiquement détruites. La Constitution chinoise prévoit tout de même des représentants politiques des minorités à toutes les échelles de la vie politique. Les minorités peuvent obtenir des statuts particuliers sur de nombreux sujets (école, langue, …). Ainsi le Yunnan peut accéder à un enseignement en langue locale. La minorité peut déterminer ce qu’elle juge ou non comme patrimoine national et sa décision est respectée par l’Etat. Le Yunnan fixe ses propres impôts et bénéficient de toutes les levées d’impôts, a le droit a des aides de développement pour éviter de conserver des poches de sous-développement. Le véritable problème actuel, reste le trop plein de population Han dans les régions des ces minorités. Ces minorités ont l’impression d’être inclues dans une politique de sinisation forcée dont le but avoué à termes est de renverser ces ethnies pour atteindre d’abord un ratio ethnique de 50% Han et 50% de la minorité, puis que les Han dépassent ensuite les minorités dans leurs régions. Cela se passe alors très mal dans deux régions particulières : le Tibet et le Xinjiang. Cette politique des minorités en Chine, se passe mal en général.

Pourtant, au départ, rien ne prévoyait que cela se passerait aussi mal. En effet, les Chinois misaient sur l’acculturation progressive des minorités. Le but était d’envoyer quelques Han dans ces régions, d’y implanter des écoles, avoir des délégués locaux en qui on aurait confiance pour que ces élites transmettent la culture chinoise vers leur électeurs pour les intégrer progressivement dans la Chine. Salmon qui a étudié l’ethnie Miao, constate que c’est une ethnie très pauvre sans véritables débouchés sur la mer, sans voies de communication, … A l’époque des Ming, on a décidé de clarifier les limites de cette région. L’empereur a envoyé des diplomates pour déterminer les frontières. Ceux-ci cherchent le chef local, qui sont en fait des administrateurs locaux ayant un travail de préfet, de maires, … Par contre, ils faisaient tout ce travail gratuitement. En effet, les Miao étaient en autogestion complète avant l’arrivée du pouvoir central. On leur a donc demandé de fixer des limites (frontalières, généalogiques, hiérarchiques, …). Pour mieux les intégrer dans le système Ming, on leur a donné des écoles pour leurs enfants. En conséquence, on avait un fonctionnement local à peu de frais et en même temps, on pensait que par leur éducation, on finirait par les intégrer à la culture chinoise. Cela ne s’est pas fait sans heurts, on a eut par la suite des résistances, des révoltes, des chefs locaux contre les Han, … Mais l’idéal du pouvoir central restait tout de même sur une acculturation douce. Tout comme le pouvoir romain, on a misé sur les élites pour qu’elles diffusent la culture Han dans leur population locale.
Le succès de cette acculturation lente se voit dans le Yunnan qui a compris qu’il ne pouvait aller à l’affrontement avec les autorités chinoises. Mais on a des cas extrêmement violents comme à Ouroumtsi, capitale du Xinjiang composée de Musulmans et de Ouigours.  Des évènements violents ont conduit à la mort de 250 Han le 5 juillet 2009. Un mois auparavant, les premiers conflits Han contre Ouigours éclatent à Canton dans une usine de jouets. Les meurtres portent sur une accusation de viol d’une Han par des Ouigours arrivés dans le cadre d’une politique de l’Etat, des Ouigours contraints de venir travailler à Canton. Derrière cet évènement, on sait qu’il y a une animosité très forte des Han contre les Ouigours qui demandent des salaires moins élevés que les Han à Canton. En réponse en juillet 2009, on a des bastonnades, des émeutes, des attaques de nuit et des meurtres de Han au cours du mois de juillet. Mais de nombreuses zones d’ombre demeurent lors de ces évènements. Les forces antiémeutes présentent dans cette région et proche de la frontière ne sont pas intervenues. Seul le maire d’Ouroumtsi a tenté de calmer le jeu et il y laissa sa vie. Hu Jintao au même moment devait rencontrer Barack Obama pour discuter économie (lutte contre la contrefaçon chinoise et injonction des Américains à ce que les Chinois remontent leur monnaie). Pour autant, le président n’a jamais traité de cette question car les évènements l’ont contraint a annulé sa rencontre. Il ne s’est malgré tout jamais signalé dans la résolution de ce conflit.. On trouvait pourtant sur le net des vidéos des affrontements et une journaliste d’origine Ouigour, Rebiya Kader fut accusée à tort d’être à l’origine des heurts et d’exciter les tensions. On pense que les Américains sont derrière cela, qu’ils ont motivés les tensions entre les deux ethnies pour pouvoir montrer les conséquences d’un refus chinois lors de cette rencontre économique qui fut finalement annulée.


Bonus : La constitution chinoise de 1982 disponible ici.

Pensée politique européenne 07 - 11 (cours 6, fin)


Nos deux derniers discours d'investiture


Les discours d’investiture


Discours de Nicolas Sarkozy :
Il souhaite une politique de vitesse qui romprait avec les politiques du passé. Il ressort alors les valeurs anciennes et y mêle les valeurs de tolérance et d’ouverture. Son discours est large pour séduire la nation dans son intégralité. Sa présidence appelle un exécutif fort, une hyperprésidentialité. Le pouvoir est alors personnalisé Pour la politique européenne en panne depuis Amsterdam, Nice et la constitution, il souhaite relancer un intérêt et s’ouvrir vers une union euro-méditerranéenne.
Le début de son discours fait appel à l’histoire mais ne remonte qu’à l’histoire contemporaine en débutant à la V° République : histoire postcoloniale, suffrage universel, comparaison difficile avec les courants d’autres époques, … Enfin il s’inscrit dans une logique de la rupture de la V° République vis-à-vis des 4 autres régimes républicains. Il limite donc ses salutations à ses anciens prédécesseurs. Charles de Gaulle possède sa propre phrase, mais Pompidou et d’Estaing sont couplés dans la même phrase alors qu’ils n’ont guère de points communs. Sarkozy semble s’inclure dans la lignée de De Gaulle plus que des deux suivants. Pour Mitterrand on reste aussi dans le flou, il incarne l’alternance et la stabilité des institutions. Pour Chirac tout juste démis de ses fonctions, on s’attarde plus longtemps par respect. C’est toujours assez pervers, Chirac œuvre pour la paix (Irak) et pour l’écologie (sommet de Durban) en 12 ans de pouvoir. Sarkozy ne retient que deux actes à l’extérieur de la France, sous le mandat de son prédécesseur.

S’en suit une liste d’engagements commençant tous par la même anaphore « Exigence de … ». C’est risqué car en général on rebondit dessus lorsqu’on fait un bilan. Concernant l’Europe, il ne la cite que pour la « protéger ». Il développe en revanche déjà un lien avec la Méditerranée, puis avec l’Afrique mais pour cette dernière région c’est surtout par tradition. La place des individus dans la société est une sorte de référence au style Kennedy et au style catholique. Il évoque aussi l’ouverture au nom de la passion de l’union, au nom du pays. En réalité en prônant cette ouverture il scindait la Gauche juste avant les élections législatives. « La France qui ne veut pas mourir » est un propos qui peut se comprendre de tous bords : protection contre l’Europe, protection contre les USA, les délocalisations, la culture, la tradition, … Il s’en suit une critique de l’immobilisme sous les 12 années de Chirac où Sarkozy s’impose à contre-courant de cette tradition. On a aussi une légère teinte populiste dans ce discours.


Discours de François Hollande :
« Monsieur le Président », président du conseil constitutionnel. Son discours est plus réaliste, un peu plus plombant mais la France à de nombreux atouts, la plupart des secteurs s’y retrouvent. Nous possédons aussi une vitalité démographique et une impatience de la jeunesse. Il s’annonce aussi dés le départ dans un discours anti-sarkozyste. Hollande veut apaiser et détruire les clivages dans la société française que Sarkozy aurait instaurés. Il y a un risque à se construire par rapport au mandat de Sarkozy. Hollande s’impose un rôle non-constitutionnel, un rassembleur et un unificateur. Il reprend l’article 20 de la Constitution tout en continuant à s’opposer au mandat de son prédécesseur. La fin du programme à quelques points communs avec celui de Sarkozy (Europe, DDHC, …) mais avec quelques nuances (dignité des femmes).

Europe 06 - 11 (cours 5)


 En attendant le logo de 2016



Le personnel, les politiques et les partis régionaux en Europe


I.                   Les élites politiques régionales

1.      Les champs politiques régionaux

En France, depuis 1986, on a un véritable champ politique régional depuis l’apparition du suffrage universel direct. En Allemagne, en Italie depuis 1975, … On retrouve toujours ce champ politique. Seul le Royaume-Uni est une exception puisque ne votent au suffrage universel direct que le Pays de Galle, l’Écosse et le Grand Londres.
On a donc un champ politique régional qui fonctionne par ce suffrage direct. Ce champ est datable pour chaque pays européen. En revanche, le suffrage universel direct s’applique de manière très différenciée dans chaque pays. On retrouve tout de même des points communs entre chaque pays, la représentation est proportionnelle ce qui assure une vie à ce champ politique. On fixe des seuils qui doivent permettre de limiter la sélection des partis.

Dans le Limousin, on a seulement 43 sièges de représentant. Le conseil sortant se sélectionne sur un total de 8 listes différentes, toutes ayant 43 représentants. 3 listes seulement passent le premier tour, elles ont toutes passées la barre des 10%. Deux listes ont obtenu entre 5% et 10% de votes, donc possibilité de fusionner avec une des listes ayant déjà passé le premier tour. Au second tour, les Verts fusionnent avec le PS et ses alliés ce qui leur donnent plus de la moitié des sièges dans ce conseil, grâce à la prime au vainqueur, typique des élections régionales.
Les vies politiques sont cependant très variables d’une région à une autre, y compris au sein de la France. Il y a une progressive autonomie politique dans chaque région.
                                               
2.      Le personnel politique régional européen

Ce personnel qui va croissant reste très ambigu. Il est très proche de la population mais s’avère pourtant un personnel de notables. Cela s’explique par la diversité des partis, la différence de genre (avec 46% d’élues régionales), la diversité socioprofessionnelle, la diversité de trajectoires (par ce poste certains montent : Cécile Duflot, Marine Lepen, … et d’autres descendent : Valérie Giscard d’Estaing), la diversité de caractère professionnel (Manuel Valls), la diversité territoriale (tout le monde est censé être représenté dans ce conseil), la diversité générationnelle, la diversité ethnoculturelle (en France depuis 2004, on élit des représentants issus des nouvelles générations d’immigration).

Le coté nobiliaire tient à plusieurs facteurs. Ainsi on a dans les  conseils régionaux des héritiers de membres de la politique française.

3.      Les partis politiques régionaux

On a moins en France, que dans d’autres pays (Espagne, …), des partis puissants qui gagnent en autonomie par ces élections régionales. Ainsi, la CiU en Espagne a peu d’influence hors de son pays, mais reste largement dominante à l’échelle régionale. On peut alors classer des partis régionalistes et d’autres indépendantistes. Ainsi au Royaume-Uni, le parti SNP est parvenu à obtenir un référendum pour savoir si oui ou non l’Écosse souhaite prendre son indépendance. On a donc une influence énorme d’une région britannique à l’échelle européenne.




II.                Les politiques publiques régionales

1.      Les politiques des régions européennes

Deux grands modèles s’opposent, le modèle fédéral ou de dévolution et le modèle décentralisé.
Dans le premier, les régions en Allemagne ont une politique économique, ont leur propre constitution avec des normes législatives importantes et ont en charge l’éducation (vacances différentes, programmes différents, …). Ainsi, une large part d’autonomie est accordée par le gouvernement fédéral aux régions.
En France, on est bien loin de ce système puisque notre centralisation ne le permet pas (les vacances scolaires sont fixé depuis Paris pour les régions). En Allemagne, en Espagne ou au Royaume-Uni, le transfert de pouvoir est tel qu’on peut avoir des situations de quasi-Etats dans l’Etat. Ceci dit l’autonomie a ses limites (Défense, diplomatie, …).

2.      Les régions françaises

En France, pour sortir de la logique de proximité ou pour la développer, les régions tendent à accumuler les charges et les travaux. C’est une forme de conquête de pouvoir.

Le budget total des régions en France s’élève actuellement à plus de 30 milliards d’euros. Mais il y a des différences importantes entre les régions.
La politique de décentralisation est beaucoup plus limitée. En éducation, on laisse aux régions l’entretien des lycées et des universités. En revanche, les horaires de classe, les programmes ou les fonctionnaires de l’Education Nationale sont gérés par l’Etat. Les régions ont en charge aussi le tourisme, les politiques sociales, les transports, les logements, les secteurs d’emploi, l’aménagement des territoires (2 milliards d’euros pour les routes, la voirie, les logements, …), la culture (1 milliard), l’environnement (1 milliard), la santé, …

Avec 5 milliards d’euros, l’Ile-de-France est une des régions avec un des plus gros budgets de France, mais bien faible à coté des régions d’autres pays. Suivent ensuite les régions Rhône-Alpes puis Provence Alpes Côte d’Azur. En Ile-de-France, les transports sont le plus gros des budgets avec 1,5 milliard d’euros, vient après le budget des lycées avec 1 milliard d’euros, pareil pour la formation professionnelle. Reste alors les autres politiques pour se partager les 1,5 milliards d’euros avec 300 millions d’euros pour l’éducation (donc les fameuses chaises Ile-de-France).

L’aspect plus critique des régions françaises c’est l’explosion des budgets publicitaires, de communication. Cela coûte cher et le résultat est mince. On perd parfois plusieurs millions d’euros dans cette communication. En contrepartie, on a dans ces milieux une zone de fort recrutement qui publicise la région plus ou moins correctement.

Sociologie politique 07 - 11 (cours 6)


La campagne américaine, une campagne comme une autre ... mais pas la moindre.



Le vote et les campagnes électorales


I.                   Le rituel électoral

1.      Les étapes du rituel

La campagne électorale est considérée comme un espace temps particulier. En général au sein du pays cela prend facilement un an de préparation. Il y a des normes très spéciales dans chaque pays lors de ses élections. Ainsi aux USA, on a trois débats télévisés entre les deux candidats mais un seul tour. En France, on a deux tours électifs et un seul débat entre les candidats.

La première étape c’est la sélection partisane, les partis sélectionnent eux-mêmes leurs candidats avec des sélectorats, ceux qui peuvent participer à la désignation des candidats lors de primaires plus ou moins ouvertes. Dés le départ, on a une sous-population qui sélectionne des candidats. On élimine les candidats trop faibles. Ainsi aux USA, on a 4 candidats indépendants hors des candidats républicains et démocrates : le parti vert, le parti libertarien, … On a donc une situation d’effacement de ces petits partis qui n’ont pas de machines politiques derrière. Aujourd’hui, le système partisan tend à confronter deux tendances principales. Ainsi, si Coluche ou Dieudonné ont renoncé à se présenter aux élections présidentielles, on a parfois des petits partis qui arrivent à s’imposer (Parti de Gauche, …).

Vient ensuite la question des sondages. Ces sondages peuvent parfois être avantageux pour les candidats et parfois est carrément néfastes (Hervé Morin en 2012 apparaissait avec 0% d’intention de vote). Alain Lipietz, pour les Verts, fut élu en 2001 pour l’élection présidentielle de 2002, commence sa campagne, mais n’a pas de succès. En conséquence, ses mauvais résultats dans les sondages poussent le parti à le faire sortir de la course à la présidentielle et le remplace par Noël Mamère. On a donc bien cette élimination de petits candidats, parfois des auto-limitations.
Ces sondages ne sont pas sans effets, on en détermine trois.  L’effet horse-racing, ou course de chevaux, lorsque les sondages donnent d’un moment à l’autre une alternance du gagnant. L’effet bandwagon, pour sa part s’oppose à l’effet underdog. Un partie des enquêtés suit le mouvement des sondages (effet bandwagon), on décide de soutenir la tendance des sondages. En revanche, avec l’effet underdog, on constate qu’une partie des électeurs voyant les faibles résultats de certains candidats décident pour diverses raisons de voter pour ces petits partis.

Troisième étape, avoir l’ensemble des conditions légales pour se présenter. Ainsi, on peut être élu par un parti, avoir un programme et des soutiens mais sans les conditions légales, on ne passe pas. En France, ces conditions ont beaucoup évolué, aujourd’hui il faut un certain nombre de parrainages qui peut éliminer les petits partis. En Amérique les conditions sont davantage sur la personne du candidat lui-même (plus de 25 ans, être né sur le sol américain, …).

Dans plusieurs pays en voie de développement, le rôle des notables n’est pas négligeable. Ceux-ci peuvent parfois beaucoup influencer sur les résultats en engageant des fonds, des voix, …

Le cinquième temps concerne la campagne électorale en elle-même. La question de son point de départ est souvent floue. Mestier-Melleray, prof de conférence à Bordeaux, a étudié la campagne d’élection après Chaban-Delmas en 1995. Ce baron politique qui a tenu la ville des années durant, a permis à Mestier-Melleray de constater que pour qu’il y ait une campagne électorale, on a une adaptation des médias pour suivre en permanence tous les moments de cette campagne. Ainsi Alain Juppé soutenu par Chaban-Delmas a vu des équipes de médias locaux le suivre constamment. Elle écrit que « La motion de campagne correspond pour les candidats et les journalistes à un accord apparemment stabilisé leur permettant de régler leurs activités pratiques. C’est une convention bien particulière qui fixe les bords de la campagne politique légitime et socialement organisée. ». Ainsi, lors de la situation de La Rochelle dans la campagne présidentielle française de 2012, les correspondants locaux ont vu leurs équipes grossirent lors de cette affaire.
Ce qu’il s’y passe est encore plus vague. Il semble avant tout qu’il faille sillonner les territoires électoraux, profiter d’un temps précis pour se présenter dans un espace précis. Dans le livre de l’ethnologue Yves Burcher, Votez tous pour moi, l’auteur suit un président de région dans ses déplacements. On enchaine une multitude de rites eux-mêmes composés de nombreux petits rites internes.

Sixième étape, l’élection elle-même qui est aussi très ritualisée. On l’a vu dans les textes d’Yves Déloye pour la France. On peut ajouter la symbolique des candidats qui votent quand bien même aux USA, le vote des candidats n’est qu’un détail.

Enfin ultime étape, l’état post-électoral, une période assez floue. C’est comme un troisième tour où les politiques luttent pour définir ce qu’il s’est passé et comment faire avec les résultats de l’élection. C’est aussi la période de recomptage des voix qui peut durer plusieurs semaines, de même que les tractations entre partis pour déterminer comment constituer le gouvernement. Ce n’est guère le cas en France, beaucoup plus aux Pays-Bas qui ont voté début octobre mais n’auront leur vrai gouvernement qu’en décembre.

2.      Les règles du jeu et le fonctionnement des marchés politiques

On peut parler d’un marché politique, comme le disent les économistes tels Schumpeter, des entrepreneurs en politiques luttent entre eux pour acquérir des parts de ce marché politique. Bourdieu préfère parler de champ politique pour qualifier les luttes entre politiciens. Cette qualification de champ se retrouve dans bien des milieux (religieux, cinématographiques, …). Les individus dans ce milieu luttent pour définir le champ et acquérir les positions dominantes de ce champ. Edelmaan pour sa part préfère prendre une vision plus sportive de ce milieu.

Il y a donc des règles de fonctionnement différentes selon les contrées, selon les tendances politiques, selon les époques aussi. Ainsi en France, on a un financement public des campagnes électorales avec quelques petits scandales qui éclatent. Aux USA, le financement est privé et a dépassé pour la première fois en 2012, le milliard de dollars dépensé par chaque candidat.

Le mode de scrutin, le système électoral modifie radicalement ce marché électoral. En France il est très régulé par le scrutin majoritaire dit nominal et à deux tours. Ainsi les deux partis majoritaires en France doivent par les deux tours négocier avec les petits partis. Aux USA, le tour unique donne une domination totale aux deux grands partis. En Allemagne, la représentativité donne une forte visibilité au parti vert.

Dernière différence majeure, la place des extrêmes. Dans certains systèmes on intègre plutôt bien les partis extrêmes dans le système politique (type Pays-Bas ou Israël pour les pays à forte représentativité proportionnelle) tandis que d’autres États les marginalise beaucoup (Belgique, France ou Allemagne).


II.                Les mutations de la compétition politique

1.      Les transformations

La principale de ces transformations c’est les modifications de la sélection partisane. Venu des USA, ce système d’élections fut repris en Italie et permit ainsi l’élection de Prodi. Repris dans d’autres pays d’Europe, la France en a bénéficié en 2011 pour le Parti Socialiste. L’élection du candidat Hollande s’est avérée gagnante pour ce parti. Ainsi les partis ont une plus grande visibilité et ces primaires sont un succès puisqu’avec 200 000 adhérents, on a eu 2 millions de votants. Ce succès donne ensuite la prolongation avec le second parti majoritaire, l’UMP.

L’accentuation de la bipolarisation a aussi eu lieu dans de nombreux pays, les gouvernements se revendiquent de gouvernements de coalition mais dans les faits, on a souvent une domination nette d’un grand parti, à l’instar du gouvernement Ayrault. On a donc surtout de grands partis avec de nombreux satellites plus ou moins indépendants.

Troisième modification, le financement des campagnes électorales. En France, cette campagne est financée publiquement à hauteur de 100 000 euros mais c’est assez faible comme budget. On a donc surtout un fonctionnement à la fois public et à la fois financé par les grands partis. Aux USA en revanche, le financement est entièrement privé.

Quatrième changement, la personnalisation de la vie politique et des campagnes qui deviennent sur-personnalisés avec des débats parfois orientés en direction d’un groupe social plus particulièrement. Cela se joue bien sur à tous les niveaux de la politique et des élections.

Cinquième transformation, les partis attrape-tout, des partis bien moins unifiés que les anciens partis. Dorénavant, les partis ne sont plus assimilés à des groupes sociaux particuliers. Ainsi Barack Obama qui est censé s’adresser aux Latinos a nommé Eva Longoria vice-présidente de sa campagne.  Cela correspond à de profondes mutations sociologiques.

Un sixième changement existe peut être mais il reste débattu, c’est le rôle des médias du type internet dans les campagnes électorales.

Ces changements sont si forts qu’ils tendent à montrer une accélération du temps politique. Ainsi les élections de 2007 semblent déjà relativement éloignées et celles de 2017 beaucoup plus proches avec les prémisses des élections primaires de l’UMP.

2.      L’élection présidentielle électorale de 2012

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