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mardi 2 avril 2013

Gouvernance 27 - 03 (cours 7, fin)

La Banque Mondiale non plus n'est pas exempte de critiques.




La Banque Mondiale sera vite attaquée sur l’inefficacité de son aide et du coup, celle-ci change son orientation pour mettre en avant ??? sur ce qui accru le rôle des marchés. L’expression « From plan to market » devient la règle. Mais plus que tout, les critiques attaqueront les Plans d’Ajustements Structurels (PAS). Les PAS seront tellement mal perçus qu’ils changeront de nom (Programme pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance). Du coup, la réduction de la pauvreté et la croissance sont pris en compte dans la Banque Mondiale.

Les années 1990 sont celles de l’aide à la lutte contre la pauvreté, et une forme de développement durable avant l’heure. Le développement devient de nouveau le centre d’action de la Banque Mondiale et se distingue du FMI. Elle revient à ce qui fait son avantage comparatif.
Dans les années 2000, la Banque Mondiale revient encore plus au sens le plus étroit du terme de développement. Si le FMI s’intéresse à l’aspect mécanique et économique de la réduction de la dette, la Banque Mondiale regarde les conséquences politiques et sociales d’une telle initiative. La période de confusion des années 1980 est alors définitivement passée.

La Banque Mondiale fut plus réactive que le FMI et a su s’adapter aux critiques rapidement, contrairement au FMI qui ne s’est changé que sous une pression plus que rude.

Aujourd’hui, la Banque Mondiale est une institution beaucoup plus grosse que le FMI. Elle possède plus de 10 000 fonctionnaires ce qui parfois fait que des têtes de l’institution ne sont pas au courant de ce qu’il se passe dans une autre branche de la Banque Mondiale. Ses rôles sont divers, des aides rurales (Révolution Verte en Inde), projets d’infrastructures (aéroports, gares ferroviaires, …) ainsi que des domaines nouveaux de développement (santé, …). La Banque Mondiale est derrière tous les aspects d’aide au développement. L’activité est bien loin des interventions du FMI. Plus le temps a passé, plus la Banque Mondiale a compris que le développement ne pouvait se restreindre à son aspect économique. Education, lutte contre le SIDA, réduction de la mortalité infantile, assainissement de l’eau, développement durable et viabilité écologique, … Autant de projets soutenus par la Banque Mondiale.

Les principaux clients de la Banque Mondiale sont donc les économies émergentes qui reçoivent plus de la moitié des prêts en dépit de leur richesse croissante. Sur l’ensemble de l’activité de la Banque Mondiale, c’est la Chine qui a le plus reçu, puis l’Inde, le Brésil, l’Argentine, …
Les modifications institutionnelles ont été très peu nombreuses (juste la BIRD puis l’AID) et les grands changements se firent sur les objectifs de cette Banque Mondiale. Des trois institutions qu’on a étudiées, la Banque Mondiale est celle qui a le moins évolué sur le fond.

 

III.                   La Société Financière Internationale (SFI)

La SFI est un organe très particulier avec un objectif tout autant particulier : la promotion du secteur privé. Si on garde dans l’esprit que l’État a un rôle primordial à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, on souhaite financer avec des capitaux (privés ?) intérieurs ou extérieurs. Dans les années 1950, c’est clairement une idée originale. Avoir eu l’idée que ce secteur privé avait pu être un acteur important dans l’économie c’était assez innovant dans les années 1950. A Bretton-Woods, on avait envisagé un société internationale de développement mais elle ne fut pas retenue. Cette institution aurait été entre les mains des États mais aiderait à collaborer entre secteur public et secteur privé. Abandonnée, l’idée revient en 1956 avec la SFI.
La SFI est une filiale de la BIRD avec un capital qui lui est propre, de même pour les services de la SFI. Du coup, quand l’AID est indépendante de la BIRD, la SFI est sous sa coupe dans les textes, beaucoup moins dans la réalité. Evidemment les pays membres de la SFI doivent adhérer à la BIRD. Les objectifs de la SFI sont de contribuer au développement du secteur privé. Au départ, elle ne pouvait agir que sous forme de prêts à long terme dans des projets productifs et privés sans bénéficier de garantie des gouvernements. La filiale Siemens au Brésil fut une des premières à en bénéficier. Ces prêts ont toujours un lien avec le développement.
Rapidement la SFI est modifiée pour devenir une vraie banque d’affaires. En 1961, elle peut prendre des actions dans les entreprises pour mieux s’impliquer dans l’entreprise en question. La SFI possède donc des fonds publics qui servent à financer des fonds privés, le tout dans un cadre multilatéral. En revanche, la SFI ne peut pas être un actionnaire comme les autres puisqu’elle n’a pas de droit de vote dans l’entreprise. Sa participation est plafonnée (35 % de l’entreprise) et limitée dans le temps. Elle ne contrôle jamais l’entreprise et n’y reste jamais longtemps. Le premier investissement de ce type fut réalisé en Espagne en 1962. Rapidement on réalise que le capital social de la SFI est limité et on l’augmentera. La SFI se finance par le biais d’emprunts sur les marchés et aussi auprès de la BIRD aux mêmes conditions qu’un État membre. Aujourd’hui l’essentiel des fonds de la SFI sont pris sur les marchés internationaux.

Ses activités sont donc surtout le financement de projets privés sous forme de prêts et de forme de participation. Les projets privés en question doivent avoir une dimension développementale pour le pays concerné. De plus, ces projets doivent depuis le départ des normes écologiques importantes. Les projets en question sont ceux du secteur privé, ce qui n’exclue pas les projets publics mais ceux-ci doivent répondre à une base commerciale. Ils peuvent être strictement nationaux mais aussi fait avec des partenaires étrangers.
Seconde activité, l’achat de prêts par la mobilisation de financements sur les marchés internationaux. Ainsi, la SFI achète beaucoup de prêts venus d’autres bailleurs de fonds (banques privées, …) et s’associent à eux pour démultiplier les capacités de la SFI.
Dernière activité de la SFI, l’assistance technique. Celle-ci est destinée tant aux entreprises qu’aux gouvernements. Typiquement, la SFI étudie la rentabilité des projets et aide ainsi les entreprises à effectuer une étude fouillée. Elle apporte alors son aide dans les montages des actions dans les pays en développement. Elle a aussi un rôle auprès des gouvernements pour assurer les bonnes conditions d’investissement dans ce pays. Elle peut aussi aider à développer les marchés financiers locaux, les entreprises publiques, … Elle intervient dans le domaine sidérurgique, chimique, ciment, activités manufacturières, tourisme, …


IV.                Le FMI et la Banque Mondiale

On peut organiser les différences autour de toute une série de termes. Les deux ont une origine commune mais tous le reste est différent : finalité, …
Le FMI ne s’occupe que de la question de la balance des paiements. Si il y a eu une extension de la balance des paiements vers d’autres secteurs, c’est parce que la balance des paiements ne se limite pas à des situations de court terme (problèmes structurels, crise systémique, attaques spéculatives, …). De ce point de vue, la dimension pilotage du régime de change est donc au service de la question de la balance des paiements. Le cœur de ce sujet étant bien l’assistance sur la balance des paiements. La Banque Mondiale se concentre sur l’aide au développement des pays. Certes la bonne conduite économique, passe par une pluralité de canaux, mais son objectif est bien distinct du FMI.
La taille des structures est aussi très différente : 10 000 travailleurs dans la Banque Mondiale, 2 500 dans le FMI. L’essentiel des effectifs du FMI sont à Washington, un peu à Paris et à Genève. La Banque Mondiale pour sa part se trouve éparpillée de par le monde avec l’essentiel des effectifs à Washington, il est vrai. De plus, la Banque Mondiale regroupe des profils très divers : économistes, spécialistes de tous les domaines, scientifiques de tous bords, …
Les sources de financement sont aussi différentes. Certes une petite partie du capital est versée par les États membres dans les deux cas, mais pour le FMI, l’essentiel des ressources sont les quotes-parts pour avoir une logique de coopération financière. La Banque Mondiale se finance essentiellement à travers l’emprunt sur les marchés financiers. Autre ressources de la Banque Mondiale, les ressources de pays riches.
Les clients de ses institutions sont aussi différents. La Banque Mondiale ne prête pas aux pays riches uniquement aux pays très pauvres ou en développement via la BIRD et l’AID. Parfois on aussi des acteurs privés dans le cadre de la SFI mais ils sont assez peu. En revanche, au FMI, tous les pays membres peuvent être aidés cela dépendant de s’ils peuvent l’être ou non. Les activités recoupent alors des projets différents.

Depuis la période de confusion entre le FMI et la Banque Mondiale, on a eu la décision de clairement définir les rôles de chacun en 1989, lors d’un concordat. Les missions sont différentes mais les organisations peuvent bien sur collaborer que ce soit à haut niveau ou sur le terrain dans des missions communes. Tous les ans, une assemblée conjointe a lieu à Washington ou dans un autre pays du monde. Au-delà de ça, le directeur du FMI et le président de la Banque Mondiale se concertent sur des sujets communs. L’approche du FMI est purement économique, celle de la Banque Mondiale est multicomplexe. Enfin les deux institutions coopèrent aussi sur la question actuelle de la stabilité financière.



G7 / G8 / G20 / G20 + membres observateurs / ... A suivre ...



Le reste


OMC, FMI et Banque Mondiale ont tous une mission planétaire où leur intérêt est qu’un maximum de pays doivent y participer. Parallèlement, on a d’autres instances qui doivent règlementer la bonne marche économique mais au-niveau régional, ce qui peut compléter l’approche multilatérale. Selon qu’on regarde la dimension commerciale, développementale ou financière, l’analyse est différente.
En matière commerciale, les regroupements régionaux ont plutôt tendance à rentrer en conflit avec le niveau multilatéral. Les accords commerciaux régionaux doivent en principe s’articuler autour de règles qui ne sont pas fondamentalement différentes, mais ils vont plus loin dans la recherche de règlementation que les approches multilatérales. Du coup, cela explique la multiplication de ces accords régionaux, ils complètent à plus petite échelle ces règlements. Cependant, ces zones régionales, ne le sont pas tant que ça, elles dépassent des simples cadres régionaux d’un point de vue strictement géographique. De plus, cela est assez mal structuré si on excepte le cas européen. Dans le domaine commercial, on est plus dans un contexte de conflit entre multilatéralisme et régionalisme.
En matière de développement, il est évident que les différences d’échelles sont complémentaires. On a donc les banques régionales de développement qui viennent en complément des grandes institutions. Ces banques aident les pays d’une région déterminée et avec la Banque Mondiale, il y a une bonne division des tâches et une bonne complémentarité. On a donc une banque asiatique, une banque africaine, une banque interaméricaine de développement, …
En matière financière, en dépit de nombreuses tentatives, le FMI reste l’acteur central et inévitable sur la question. On a eu plusieurs tentatives pour contrecarrer le FMI en créant un fond monétaire asiatique qui a avorté, essaye de se reconstruire actuellement tout en restant complémentaire au FMI. Les instruments qui ont émergé sont étroitement liés et ne remplacent pas le FMI.

Parallèlement, on a un nouvel organe qui a émergé dont il faut clarifier le rôle : le G20. Ce G20 est une nouveauté dans le cadre de la configuration actuelle. Ce n’est pas une organisation internationale, il ne peut être mis sur le même pied que le FMI, ni même lui être une alternative. Le G20 est un organe autoproclamé et contestable sur son organisation et le choix de ses membres. Le G20 se déclare comme la réunion des 20 pays les plus riches du monde. Pourtant en terme de PIB mondial l’Espagne est 9°, les Pays-Bas 16° et la Belgique 20° : aucun des trois n’est au G20. Dans le G20 on trouve l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud ou encore ??? qui eux ne sont pas parmi les 20 premiers pays dans le PIB mondial. Du coup, ce groupe ne peut être qu’un forum de discussion de par les aspects de manque de légitimité qui lui sont intrinsèques. Le problème de représentativité est aussi flagrant, G20 pour plus de 200 pays, quelques pays en développement et beaucoup de pays riches, … La seule tentative de représentativité c’est d’un point de vue géographique. Le G20 n’a jamais eu de mandat flagrant excepté la tentative d’éviter la contagion de la crise de 2008. Mais depuis que l’urgence de cette crise s’est réduite, le G20 semble peu utile. Surtout que chaque pays tente, par la présidence tournante, d’imprimer sa marque pour définir la nature du G20. Le G20 ne peut donc prendre de décisions au-delà des membres concernés.
Son seul rôle est d’être dans une certaine mesure complémentaire aux autres organisations. En revanche, depuis son efficacité limitée entre 2008 et 2009, le G20 est clairement affaibli. Enfin, le G20 a-t-il effacé le G8 ? Disons que les deux sommets n’ont pas les mêmes sujets de discussions. Le G8 parlera de la crise en Syrie, quand le G20 taira le sujet. Ces instances très spécifiques ne pourront jamais vraiment remplacer les instances internationales plus légitimes et véritablement organisées.

Gouvernance 26 - 03 (cours 6)


Pascal Lami, Christine Lagarde : pas de grand amour entre l'OMC et le FMI.



Le FMI devient donc un pare-feu contre les crises. Suite à la crise de 2008, il doit pouvoir disposer d’un grand nombre de liquidités en peu de temps. Les crises actuelles sont celles de panique des marchés. Du coup, le FMI doit avoir beaucoup de ressources pour pouvoir les utiliser réellement. Du coup, le FMI a deux solutions pour cela, augmenter les quotes-parts et augmenter les emprunts auprès de quelques pays.
Seconde action qui résulte de la crise de 2008, une modification des réponses en cas de crises. La panoplie des instruments de prêts a changé. La ligne de crédit modulable, au rôle préventif, s’adresse aux pays à l’économie très solide, qui pourraient malgré tout faire l’objet d’attaques spéculatives. Il n’y a pas de conditions de politique économique qui accompagne le recours à la ligne de crédit modulable. Evidemment cela permet aux pays en question qui souhaitent d’avoir un accès plus simple à des crédits extérieurs (???). La ligne de précaution et de liquidités est aussi destinée aux pays à l’économie solide mais déjà un peu moins que les pays précédents. Quelques vulnérabilités sont perçues par le FMI vis-à-vis de ces économies et pour que la crise ne les fasse pas s’effondrer, le FMI met donc cette autre ligne à disposition des pays.
A l’issue des différentes révisions de quotes-parts, le FMI dispose aujourd’hui d’environ 737 milliards de dollars. Parallèlement, les lignes de crédits étaient à leur maximum à 370 milliards de dollars. L’idée est de ramener les lignes de crédit à 170 milliards de dollars pour que le FMI reste une institution d’aide aux pays en difficulté. Le FMI essaye de se distinguer nettement de la Banque Mondiale et doit avoir son fond propre.
Enfin avec la crise de 2008, la réforme du fonctionnement interne au FMI n’en a été que plus accrue, avec une forte remise en cause de la place des USA.

Pendant longtemps, il n’y a pas eu de coopération entre le GATT puis l’OMC et le FMI. Chacun son domaine d’intervention et les deux champs étaient nettement différenciés. Pourtant si un pays en développement rejoint l’OMC, il doit libéraliser son économie et abaisser ses barrières douanières. Or ce genre de pays tire une partie très importante de ses barrières douanières. Du coup, son entrée à l’OMC va l’affaiblir économiquement et le FMI va intervenir.
En conséquence, il y a des partenariats entre les deux institutions depuis la création de l’OMC, d’autant plus que les deux ont pour objectif le bon fonctionnement des économies. L’accord de coopération permet des consultations régulières entre les deux institutions. Les deux organisations coopèrent aussi sur les questions d’assistance technique dans le cadre de difficultés. Les deux organismes fonctionnent enfin lors des intégrations commerciales de nouveaux pays. C’est l’exemple pris au-dessus. Le FMI met alors à disposition le « mécanisme d’intégration commerciale ». Enfin, il y a des consultations régulières entre le directeur général du FMI et celui de l’OMC.





Le logo de la Banque Mondiale : une balle de basket.



La Banque Mondiale


I.                   La Banque Internationale de Reconstruction et de Développement (BIRD)

1.      La création de la BIRD

Créée en même temps que le FMI, la Banque Mondiale naît de la conférence de Bretton-Woods en 1944. On y a posé les problèmes financiers et économiques d’après-guerre, en particulier la question de la reconstruction. Du coup, on sait qu’il va falloir aider les pays européens dans un temps limité, le temps de la reconstruction. Mais dans le débat, des voix soulignent que d’autres problèmes vont arriver ensuite, des problèmes non pas de reconstruction mais de développement. Ce sont les pays latino-américains qui vont insister sur ce point. L’institution qui va émerger doit proposer à la fois une aide à la reconstruction et une autre aide au développement. On associe les deux puisque le point commun entre la reconstruction d’un pays et le développement d’un autre, c’est la faiblesse de l’épargne interne. Pour le financement, l’épargne devra être publique puisque du coup, après la guerre on a qu’une faible confiance dans le dégagement de flux de financements privés. L’idée qu’on se fait de l’intervention de cette banque, c’est qu’elle n’interviendra que quand ??? ne peut pas intervenir.

On crée donc la Banque Internationale de Reconstruction et de Développement (BIRD). La BIRD découle essentiellement du Plan White de la conférence de Bretton-Woods. Un consensus se dégage rapidement sur le rôle de cette banque. En effet, puisqu’il s’agit d’une banque, ce sera donc clairement un intermédiaire financier. 5 objectifs la caractérisent :
·         Aider à la reconstruction des économies détruites par la guerre.
·         Passer d’une économie de guerre à une économie de paix.
·         Développer les économies de pays en difficultés (promouvoir les investissements privés et les financements directs).
·         Catalyser les financements extérieurs, la Banque peut venir en complément d’autres bailleurs de fonds.
·         Aider au développement des échanges internationaux censés être un facteur de développement et de prospérité.
Un accord tacite est passé entre les deux institutions (FMI et Banque Mondiale), le directeur de la Banque Mondiale sera Américain et celui du FMI sera Européen. La règle n’est pas gravée dans le marbre mais demeure aujourd’hui encore appliquée.

Pour être membre de la BIRD, il faut aussi être membre du FMI puisque pour la BIRD, il faut avoir accepté le code de conduite du FMI. En général, on s’inscrit simultanément aux deux. Les USA en position de force à l’origine vont faire en sorte que la force économique du pays soit proportionnellement représentative dans l’institution. Les membres de la BIRD sont essentiellement des États, accessoirement, on trouve des acteurs privés mais qui doivent avoir la garantie d’un État pour pouvoir emprunter.

2.      Le fonctionnement de la BIRD

La Banque Mondiale possède donc un capital financier fournit par ses États membres comme au FMI. Chaque pays possède au départ un montant qu’il investit dans la Banque Mondiale, ce qui constitue donc le capital de cette Banque et représente le poids économique du pays. C’est le système des quotes-parts comme au FMI. Cela donne une grande place aux USA évidemment.
La différence, c’est que la Banque Mondiale ne prend concrètement que 20 % du montant de chaque pays, les 80 % restant étant considéré comme un capital appelable, qui peut être mobilisé à tout moment par la Banque Mondiale.

Cela n’est qu’une faible partie du capital de la Banque Mondiale, c’est une ressource de sécurité qui doit pouvoir aider la Banque Mondiale en cas de problèmes. Les ressources essentielles de la BIRD sont récupérées sur les marchés (cela représente facilement 85 % de ces emprunts). L’avantage, c’est que la Banque Mondiale peut emprunter sur les marchés dans des conditions plus que favorables, puisque sur les marchés, c’est la confiance qu’on a en vous qui fixe les conditions d’emprunts. Jugée très rigoureuse, la Banque Mondiale peut vendre et emprunter des actions. La Banque Mondiale va emprunter sur les marchés et prêter à ceux qui en ont besoin. Bien entendu la Banque Mondiale emprunte dans des proportions plus ou moins importantes selon ses projets de prêts. Pour multiplier les ressources, la Banque Mondiale se sert de ses ressources propres, du capital appelable, pour assurer la garantie lors des emprunts qu’elle effectue.

Les ressources sont prêtées essentiellement aux pays membres avec un taux d’intérêt légèrement supérieur (si la Banque Mondiale emprunte à 4%, elle prêtera à 4,5% aux États). Les pays qui empruntent à la BIRD passe par cette dernière pour avoir un taux d’intérêt faible. En effet, les emprunts auprès de la BIRD signalent que le pays est fragile, souvent qu’il est en développement. Sur les marchés, il aurait peu de confiance et aurait des emprunts avec des intérêts énormes. La BIRD lui permet donc de mieux s’en tirer.

La BIRD a donc deux ressources, un capital de fond qu’elle peut mobiliser à tout moment mais qui lui sert avant tout de garantie, et les emprunts sur le marché. Elle redistribue ses emprunts aux pays en développement et très peu aux pays développés.



II.                   De la BIRD à la Banque Mondiale

1.      L’évolution de la BIRD

Les débuts de la Banque Mondiale sont difficiles. En effet, durant son démarrage, la Banque Mondiale est concurrencée par d’autres organismes, en particulier le Plan Marshall en Europe. Le premier pays qui fera appel à la Banque Mondiale, ce sera la France en 1947. Mais l’ensemble des prêts qui seront fait à l’Europe viendront du Plan Marshall. Les prêts fournis par la BIRD s’élèvent à 1 milliard de dollars, quand un seul prêt américain s’élève à plus de 2 milliards de dollars.
La logique est simple, les USA n’étaient pas enthousiastes face à cette institution financière multilatérale. De plus, les ressources de la BIRD sont assez faibles au départ. La reconstruction est alors assurée par d’autres mécanismes et c’est le développement qui deviendra le sujet principal de la BIRD. Le premier prêt sera fait en 1948 au Chili pour une centrale hydroélectrique.

Dès les années 1950, on se rend compte qu’un grand nombre de pays en développement très pauvres auraient besoin de prêts faits par la BIRD, mais ils ne peuvent emprunter dans les conditions qu’exige la Banque Mondiale. Comme ils ne peuvent emprunter sur les marchés avec des taux d’intérêts trop élevés, la BIRD décide de développer d’autres outils mieux adaptés pour ces cas précis, ce sera la création de l’Agence Internationale de Développement (AID), fondée en 1960.
Autre problème qui émerge, on se rend compte que les prêts sont accordés à des acteurs publics, les États mais que cela doit être mis en œuvre par des acteurs privés. Certes certains acteurs privés sont compris dans la BIRD, mais assez peu. Du coup, on envisage des outils pour des prêts au secteur privé dans le but de développer le secteur public. En 1956 est donc fondé la Société Financière d’Investissement (SFI).
On ajoutera le Centre International de Règlements des Différents en matière d’Investissement (CIRDI) en 1966, puis l’Agence Multilatérale de Garantie des Investissements (AMGI) en 1988.
Ce qu’on appelle Banque Mondiale, c’est le regroupement de ces 5 institutions.


2.      L’Agence Internationale de Développement (AID)

La BIRD a donc le rôle classique d’une banque. Cela n’est possible que si les pays que l’on finance peuvent assurer des recettes pour rembourser leur dette. Malheureusement, la création de l’AID révèle que tous les pays ne sont pas dans cette situation. Du coup, même si le taux d’intérêts est faible et évite les emprunts sur les marchés, il faut créer pour ces pays des conditions très favorables. Le risque évident est que des taux d’intérêts très bas menace la faillite de l’AID. Du coup, le fond financier de l’AID ne peut être constitué que de dons fournis par les pays les plus avancés. En cela, elle est fondamentalement différente de la BIRD. Les pays fournisseurs sont les pays les plus industrialisés et les pays en développement. Evidemment, il faut renouveler souvent les ressources de l’AID puisque le remboursement est très faible, quasi-inexistant. En l’occurrence, l’AID remplie son fond tous les 3 ans. La BIRD fournit aussi une partie de ces dons, en donnant une partie des intérêts qu’elle engrange.

Les conditions de l’AID sont réellement très souples. L’AID prête d’abord sans taux d’intérêt. Le différé (temps pendant lequel le pays ne doit rien rembourser) est très long, en général 10 ans. Au bout de 10 ans, le pays rembourse sa somme sans intérêts.
Pour y avoir accès, il faut respecter plusieurs conditions essentiellement sur des points de revenus. Les pays sont classés par la Banque Mondiale selon les revenus par tête. Ainsi, un seuil est fixé sous lequel, on reçoit l’aide de l’AID, au-dessus duquel on ne la reçoit plus. Des pays qui se développent bien peuvent alors passer de l’AID à la BIRD, on parle de reclassement. Ceci dit ce genre de changement est anticipé et ne se fait pas soudainement. Ainsi la Corée du Sud a connu cette ascension.

3.      Les activités de la Banque Mondiale

La BIRD prête donc de manière classique. Elle fonctionne donc beaucoup comme catalyseur de financements. Elle n’intervient jamais systématiquement et jamais seule. Elle accorde des prêts pour assurer d’autres financements extérieurs. Les raisons sont diverses. En premier lieu, la BIRD ne peut seule financer tous les projets qu’elle envisage, donc elle s’associe avec d’autres financements. De plus, elle ne veut pas être accusée d’ingérence. La BIRD agit donc par la voix des cofinancements, avec des organismes publics, en France, c’est souvent l’Agence Française de Développement (AFD). Les deux organismes organisent dans des visées commerciales le développement de certains pays. Parfois ce sont des organes multilatéraux comme les banques régionales de développement. Parfois, la Banque Mondiale travaille aussi avec des agences de crédits à l’exportation comme la COFACE (COmpagnie Française d’Assurance pour le Commerce Extérieur). Enfin, elle peut s’associer aussi à des banques commerciales.

Le type d’activités de ce groupe bancaire et l’orientation des prêts va grandement évoluer. En revanche, le mécanisme et les objectifs resteront les mêmes. On peut alors fixer une périodisation d’existence de la banque en décennie. De 1945 à 1965, la priorité est donnée à des projets concrets, souvent d’infrastructures. Les clients sont exclusivement des pays en développement dans lesquels on assure ces projets d’infrastructures. En effet, on est convaincu que ces infrastructures industrielles sont nécessaires à une industrialisation du pays et donc à son développement. Les prêts sont octroyés pour des projets précis, facilement identifiables. La transformation des économies rurales et minières en économies industrielles est donc la règle.
L’activité économique devant être gérée par l’État, la Banque Mondiale met l’accent sur un fort interventionnisme.

La décennie 1970 est celle du décollage de la Banque Mondiale, marquée par Robert Mac Namara de 1968 à 1981. A cette époque, les interventions de la Banque Mondiale vont exploser d’un point de vue du volume. Les financements glissent alors de projets concrets à des projets sur le long terme (éducation, santé, assainissement, …). Mac Namara a mis l’accent sur les pays les plus pauvres qu’il faut aider au développement. Sous l’impulsion de la Banque Mondiale, les dépenses publiques vont donc s’accroître de manière conséquente. De plus, on mise sur le volume global de l’aide pour multiplier les projets de petites envergures plutôt que quelques grands projets de vastes envergures.
Sous le mandat de Mac Namara, la barre du milliard de dollars est franchie. De plus, il développe une branche de recherche sur les techniques de développement. Ainsi, le premier rapport sur le développement dans le monde est publié sous son mandat. A ce moment là, les projets d’infrastructures sont adaptés selon la santé économique du pays.

Trois facteurs peuvent expliquer les changements de la Banque Mondiale durant la décennie 1970. Tout d’abord, les grandes banques commerciales doivent recycler les pétrodollars et accroissent leurs prêts envers les pays en développement. Du coup, les prêts privés aux pays en développement s’accroissent aussi, démultipliant la dette des pays en développement. Autre facteur, les pays en développement constate que la stratégie de l’industrialisation par substitution aux importations augmente leur dette. L’industrialisation quand le coût du baril est élevé risque d’aggraver les conditions de la dette. Enfin, dernier facteur, l’effondrement du régime de change fixe doublé de la conséquence directe que le FMI perd son objectif d’assurer le change fixe. Il y a donc convergence entre les préoccupations de la Banque Mondiale et celles du FMI.

La décennie 1980 est marquée par la notion d’ « ajustement structurel ». La Banque se déploie désormais davantage sur de l’aide hors projet, il veut assurer une bonne politique économique. Du coup, on met en place les outils pour que le pays puisse bien gérer son économie. On facilite le fonctionnement structurel de l’économie. Les possibilités de perte en ligne des fonds sont plus grande, il est facile de détourner les fonds à destination d’idées, beaucoup moins lorsqu’il s’agit de projets concrets. Il faut donc une relative stabilité dans ce genre de pays.
C’est l’activité principale de la Banque Mondiale à cette époque. On voit donc nettement la concordance entre le FMI et la Banque Mondiale à cette époque. La convergence est telle que parfois, on assiste à un mélange des deux institutions, prêtant à des confusions sur qui faisait quoi.