dimanche 16 décembre 2012

Amérique du Sud 13 - 12 (cours 11)


 Le logo de l'AUC



VII.                   Les groupes paramilitaires

Les groupes paramilitaires ne sont plus censés exister depuis la loi Justice et Paix. La contradiction principale chez ces groupes est qu’ils sont hors la loi et combattus par les forces de l’ordre alors qu’ils revendiquent défendre l’État de droit, en luttant contre les guérillas.
Ce ne sont pas des paramilitaires au sens classique du terme. Dans l’Amérique du Sud, ce sont des créations de l’État, comme Chavez qui a créé des parapoliciers armés par sa main. En Colombie, il y a certes eu des alliances provisoires et spatialement définies entre l’État et les paramilitaires, mais jamais cela ne fut une véritable politique de coopération. Dans les années 2000, une série de démobilisations de paramilitaires eurent lieu, liées à l’arrestation des chefs des groupes, mais laissant des dizaines de milliers d’individus armés mais sans patrons pour les diriger, du coup, ils se sont réorganisés en d’autres groupes militaires. Carlos Castaño a publié en 2002, Mi confesion, un ouvrage bibliographique. Ce grand chef de l’AUC, un groupe paramilitaire, tend à annoncer sa future disparition. Effectivement il a disparu par la suite. Pour certains de ses amis, il a été assassiné, mais selon son ouvrage, on peut croire qu’il a disparu de lui-même. En effet, il a aidé la CIA dans sa lutte contre les paramilitaires et a peut être été exfiltré.
Du fait de leur fragmentation et de leur faiblesse, les paramilitaires ont décidé au nom de la patrie d’agir contre les guérillas. De plus, l’État était aussi trop faible pour combattre ces groupes armés illégaux souhaitant défendre la patrie. Castaño voulait défendre l’État en marge de la loi mais aura un problème lié au grand souci des AUC. Réuni en 1994, Castaño a rassemblé les paramilitaires dans un ensemble qu’il nommera Autodéfense de Colombie (l’AUC). Leur stratégie est d’abord subjective, puis préventive et donc offensive. La pénétration de l’agent de la drogue dans les groupes paramilitaires est une de ses grosses angoisses, dans les années 1990, cela se fera réellement. Les paramilitaires ont beaucoup d’origines dont une avec le MAS, un groupe ultraviolent qui se décompose parce que la guérilla M19 avait eu la maladresse tactique de prendre en otage un membre de la famille d’un gros narcotrafiquant. Des groupes du MAS ont terrorisé la population pour se venger du M19. Une fois leur vengeance réussie, ile ont eu des métastases comme avec les Escadrons de la mort. Ils auront même des ramifications jusque dans les membres politiques.
Leur impact en politique va se voir avec leur infiltration entre 1994 et 1998 lors de la présidence d’Ernesto Samper qui a financé une partie de sa campagne électorale avec les fonds de narcotrafiquants. Les paramilitaires continuent de pénétrer les structures de l’État. Un clientélisme de guerre se met en place pour posséder des contacts dans l’ensemble du système politique. A partir du noyau des AUC, un véritable réseau se développe.

Or de cette origine liée à une réponse contre les guérillas et à une défense de l’État, on a une seconde origine aux paramilitaires liée au développement des gardes des éleveurs de bétail pour éviter que la guérilla ne leur extorque de l’argent, du bétail, … Ces groupes vont finir pour certains par s’émanciper des propriétaires qui les ont payé.

Les Convivir, groupes constitués par les citoyens eux-mêmes sont des groupes de paysans ou de citadins qui se réunissent pour faire baisser l’insécurité dans leurs quartiers et leurs villages pour surveiller leurs espaces. Mais ces Convivirs ne sont pas des origines de paramilitaires puisqu’ils ne sont pas entraînés comme les gardiens de troupeaux ou autres … Ces Convivirs ne sont donc que des milices locales très mal entrainées. Un journaliste colombien virulent, Contreras, a rédigé la Biographie non-autorisée du Président Uribe, dans laquelle on vit le nom d’Uribe lié avec les paramilitaires mais les documents sont souvent douteux ou incomplets et l’ouvrage est à prendre avec des pincettes et une grande dose de méfiance. Uribe a en effet engagé des négociations avec les paramilitaires qui ont abouti à la loi Justice et Paix, ce qui a permis dans la seconde moitié des années 2000 à la démobilisation de 30 000 paramilitaires. Cette démobilisation fut suivie d’une réinsertion qui échoua en premier lieu avec des réinsertions de paramilitaires dans leur région où ils avaient sévis. Ils doivent en échange dire la vérité sur toutes leurs exactions, ne feront pas plus de 9 ans de prison et sont potentiellement éligible ensuite. Trompé par l’équipe d’Uribe, le Président avait extradé des dizaines de chefs de groupes narcotrafiquants vers les USA suite à un accord entre les deux pays. L’extradition devait cacher pour la population les liens entre Uribe et les chefs de groupes. Nombre d’etre eux ne voulaient pas être extradés.
Les paramilitaires sont des militaires ayant des liens avec les forces publiques, des liens d’entrisme dans l’État avec au final la démobilisation d’une partie d’entre eux Aujourd’hui les partis qui ont fréquenté les paramilitaires sont souvent mis en cause.
La démobilisation massive de ces paramilitaires a pour conséquence, une hausse phénoménale des procès pour régler les questions de terres, de crime, … En conséquence, on a immédiatement une hausse du nombre de juges et d’avocats, certes parfois partiellement formé, mais dans un contexte de vide total de lois et de justice, cela ne peut être qu’un net progrès.



 L'Amérique du Sud, coincée entre deux puissances



Le Brésil et les USA en Amérique du Sud


Il y a une nette influence de ces deux pays sur le Venezuela et la Colombie. Lors de la première rencontre entre le Venezuela et la Colombie, c’est le Brésil qui préside l’évènement. Certains commentateurs parlent alors de la fin de la relation particulière entre Chavez et Lula, mais y a-t-il jamais eu une relation entre ces deux pays ? La gauche de Lula et celle de Chavez n’ont jamais eu de vrais points communs. Moises Naim avait opposé assez nettement l’axe de Lula et celui de Chavez. Il y a surtout une question de pragmatisme diplomatique entre les deux, avec une tradition de réalisme, de défense des intérêts du pays avant toute autre chose même lorsqu’il peut exister un lien idéologique entre le parti des Travailleurs de Lula et le PSUV de Chavez. Le Brésil vient encadrer l’action extérieure et se déploie souvent de manière discrète. Une diplomatie très ouverte et efficace est contrebalancée par une destruction minutieuse des projets de Chavez quand le Brésil pouvait discrètement intervenir. Fin septembre 2009, quand il rencontre Uribe, Lula voit son ministre des affaires étrangères déclarer que le Brésil ne se sent menacé par aucun pays au monde encore moins les USA, ce qui revenait à dire que Chavez pouvait se la boucler.

La diplomatie du Brésil, l’Itamarty, est l’œuvre de Rio Branco. Créée début XX° siècle, Rio Branco est un conservateur et fonde dans cette institution une forme de mépris pour ses voisins frontaliers. En effet, il souligne que ne l’intéresse en aucun cas les rivalités stériles entre pays sud-américains. Le but est surtout de cultiver des relations de cordiale sympathie avec le reste du monde. Il formera ensuite l’institut Rio Branco, équivalent de notre ENA pour diplomates. La formation est de très haute qualité par ses examens et ses sujets de recherches. La méritocratie est assez importante dans ce pays et une forme d’homogénéité sociale domine chez les diplomates brésiliens. Mais leur tempérance et leur calme permet ainsi de conserver des relations avec tous les pays y compris en temps de crise. Rouquié, un spécialiste de l’Amérique Latine parle du rêve de Rio Branco, de voir le Brésil reconnu comme hégémonique en Amérique du Sud, mais aussi doté d’un rôle stabilisateur dans un registre pacifique. Les outils privilégiés par Rio Branco sont toujours le respect du droit international et de la négociation multilatérale. L’un de ses anciens ministres des relations extérieures, Celso Lafer, parle de la modération constructive de la diplomatie brésilienne. Un respect des USA vis-à-vis de la diplomatie brésilienne permet même en période conflictuel de maintenir des relations.
La diplomatie douce du Brésil devient forte avec une actuelle course à l’armement sud-américaine à laquelle le Brésil est parti prenant. Cela est contrebalancé par l’Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR), une organisation qui ne réunit que l’Amérique du Sud au sens strict. Son but est clairement d’accélérer l’intégration régionale en Amérique du Sud. On peut d’ailleurs constater que certains propos de diplomates brésiliens qualifient l’Amérique du Sud de leur « île ». C’est pour le Brésil leur puissance qui va lors de leurs déclarations fonder l’influence du pays sur la diversité politique et la maîtrise des ressources naturelles de cette région. La recherche d’identité sud-américaine passerait par un certain nombre de valeurs propres à la diplomatie brésilienne : égalité souveraine de tous les États, souveraineté des nations, droit à l’autodétermination des peuples, ... C’est aussi par l’extraction et l’exploitation des ressources naturelles que ce développement doit passer. Lula ajoute la notion sécuritaire avec la défense de la sécurité par des moyens pacifiques pour régler les conflits entre pays membres. En répliquant avec la création de l’ALBA en 2009 pour contrecarrer l’UNASUR de Lula, Chavez se positionne contre le Brésil. Lula réplique diplomatiquement violemment puisque Chavez va à l’encontre des intérêts brésiliens.
Mais il y a des ralentissements dans cette intégration. Tout d’abord, fin 2008, alors que tout reposait sur des matières premières, l’UNASUR est déstabilisée par sa dépendance à l’égard des matières premières (pétrole au Venezuela, cuivre au Chili, …). Cela se double par un phénomène de vaste corruption en particulier au Venezuela, un des 10 pays les plus corrompus du monde. Troisième facteur de ralentissement, la pauvreté elle-même liée au fait que les pays sud-américains sont très dépendants de leurs exportations à des matières premières. Ultime facteur de ralentissement, la tentation populiste dont le parangon serait à Caracas.

Lorsqu’il arrive au pouvoir en 2003, le Parti des Travailleurs de Lula va immédiatement révéler sa modération pour dissiper les inquiétudes de Washington pour pouvoir maintenir la diplomatie douce propre à Brasilia. Le succès sera si efficace que les relations entre Brasilia et Washington s’accoiseront. Les deux puissances vont alors chercher à identifier clairement leurs intérêts communs. Comme si l’Amérique du Sud déléguait sa puissance au Brésil pour traiter avec le reste du monde. Grâce à cela, le Brésil ne cède jamais sur ces intérêts sans négocier. Brasilia va alors toujours privilégier la multipolarité à l’exception de son île où se voulant hégémonique, elle favorise le multilatéralisme. Pour le Brésil, la création de l’UNASUR doit devenir la plateforme de projection de la puissance brésilienne vers le reste du monde. C’est là qu’on trouve une base de la politique mondiale du Brésil qui repose avec les rapports plus forts avec l’Afrique subsaharienne. Washington soutient la position de puissance du Brésil. Le Venezuela va provoquer des crises dans lesquelles le Brésil agit de manière systématique.
Il y a cependant des limites en particulier, des limites géographiques. La puissance du Brésil s’appuie sur l’Amérique du Sud mais pas sur l’Amérique Centrale. Du coup, on a une incapacité diplomatique brésilienne dans l’Amérique Centrale, surnommée l’arrière-cour de la politique américaine. L’influence des USA est trop importante dans cette région du monde, même si les USA ne sont pas omnipotents. Toujours est-il que le Brésil butte sur cette région du monde. Le coup d’État contre le président Zelaya dans le Honduras en juin 2009, fait suite à l’élection du parti centre droit. L’année suivante une guérilla proclame le Honduras chaviste. Le double jeu de Caracas est révélé puisque Chavez dans ses propos demande aux USA d’intervenir, ce qu’Obama refusera préférant agir plus subtilement. L’évènement est condamné par toue l’Amérique, mais personne n’agit puisque Zelaya entrait dans la sphère d’influence de Chavez, alors que cette influence se réduisait. Trois ans après, on constate que le coup d’État à ralenti l’effondrement du Honduras, d’où l’inaction générale après la condamnation générale. Le Brésil est alors en situation difficile puisque Zelaya pensait que Brasilia était un allié de Caracas, se réfugiant donc dans l’ambassade du Brésil. En conséquence, le Brésil a très difficilement agit lors de cet évènement révélant l’incapacité d’influence du Brésil dans l’Amérique Centrale.
En revanche, sur la stabilisation sud-américaine, la rencontre entre Lula et Uribe permet au Président brésilien de remettre la plus haute distinction brésilienne, la Croix du Sud, qui encourage Uribe a assurer de bonnes relations avec le Brésil. Chavez ne l’a évidemment jamais reçu. Au moment où Uribe est en train de rénover son accord avec les USA, Lula remercie Uribe, révélant par là, la recherche de stabilité en Amérique du Sud.

mercredi 12 décembre 2012

Théorie des RI 11 - 12 (cours 5, fin)






L’hypothèse de la détresse sera retraitée par deux penseurs contemporains issu de l’enseignement des kantiens : John Rawls et Jürgen Habermas. Les deux philosophies en terme de préconisation aboutissent directement à interpréter le mouvement des relations internationales, en majorant tout ce qui a trait à la coopération. Les deux philosophes développent un devoir être qui en fait des acteurs internationaux sur l’amélioration de la vie publique internationale. Rawls par exemple, va s’opposer à toutes les politiques multilatérales qui préfèrent défendre l’Europe de la concertation contre les USA de Bush. Il existe alors un rapport de fait et un rapport de droit.

John Rawls est connu pour avoir publié en 1971, La théorie de la justice, texte général qui nous permet de formuler de grands principes susceptibles de s’appliquer pour déterminer le rôle des individus en société. Il se demande qu’est ce que la justice. Qu’est ce qui fait la légitimité de la justice ? Pourquoi est-elle respectée de la majorité ? Dans ce contexte, il propose un modèle concret qui lui permet de discriminer entre les décisions justes et arbitraires : le voile d’ignorance. Selon lui, nous voulons des institutions justes et pour cela Rawls nous propose, pour que les principes soient mutuellement acceptables, qu’on s’engage dans le voile d’ignorance, c'est-à-dire faire comme si nous étions dans une situation originelle ou chacun d’entre nous ignore sa situation individuelle. Ainsi, si l’on ne connaît ni notre sexe, ni notre situation sociale, ni notre nationalité, … Si l’on ne sait rien, alors on peut essayer de déduire les principes universellement respectables. Dans le cas contraire, notre diversité va faire que lorsque l’on va se chercher des règles communes, alors des clivages fondamentaux vont se révéler qui vont nous faire débattre sur nos règles. On entrerait alors dans un débat sans fin, où l’on se rapproche de la situation de Babel : chacun parle son langage et personne ne se comprend. Face à ce pluralisme, la seule solution est de faire comme si nous étions dans cette situation originelle et que nous nous considérerions comme un être humain pur, en oubliant nos caractéristiques particulières. Ainsi, les sociétaires arriveraient à déduire des principes totalement satisfaisants pour tous. Cette situation apparemment idéaliste doit être l’horizon qui doit guider notre action pour transformer le monde.
Ces principes vont nous permettre alors d’inclure des mesures sociales pour les plus démunis. Depuis sa conception individualiste d’individus sous un voile d’ignorance, Rawls nous démontre jusqu’où on arrive à ces notions sociales. Nous sommes donc sous un voile d’ignorance, quel est notre intérêt en tant qu’individu pur ? Trois principes en découlent. D’abord nous voulons notre liberté et il faut nous la garantir tout en empêchant d’empiéter tant sur notre liberté que sur celle des autres. Les individus purs optent donc d’abord pour ce principe de liberté. Le second principe est plus inattendu, c’est le principe de différence. A ce moment, il y a un principe qui est prêt à tolérer les inégalités sociales et économiques sous deux conditions. La première c’est que ces inégalités doivent être au plus grand bénéfice des plus démunis. La seconde condition est que toute inégalité doit correspondre au principe de l’égalité des chances. Le premier principe est limité par le second à la condition que les inégalités soient tolérables au bénéfice des plus démunis. Comment les individus en viennent à considérer une règle qui en arrive à garantir la maximisation de la situation des plus démunis. Si l’on ne sait pas quel risque on encoure, alors on prévoit un régime assurantiel pour se prémunir de ce risque. Ce régime de différence est celui qui va assurer la maximisation de la situation des plus démunis. En troisième principe, toute inégalité doit prévenir du principe de l’égalité des chances.

L’inégalité doit être pondérée pour que les États puissent respecter l’intégrité de chaque État, en revanche, l’autre règle sur l’inégalité des États doit assurer un transfert de richesse des plus riches vers les plus pauvres. C’est ce qu’on voit concernant la politique de subvention de régions européennes. Pour Rawls il doit toujours y avoir une politique fiscale de pondération des plus hauts salaires dans un objectif redistributif vers les plus pauvres. La principale objection qu’on peut lancer à l’encontre de ce projet est que de toutes manières, le principe d’égalité des chances ne peut s’appliquer puisque nous ne sommes pas égaux vis-à-vis du mérite et du travail. La structure de base d’une société est favorable à un fonctionnement redistributif, c'est-à-dire que les Rawlsiens de gauche valorisent cette redistribution qui doit corriger la distribution inégale. Selon ces Rawlsiens de gauche, il faut appliquer de manière littérale ce principe de Rawls dans le système globalisé.
Mais Rawls va proposer lui-même une autre interprétation de son principe. Son interprétation change à l’échelle des relations internationales avec une interprétation plus à droite. Il parle de la théorie non-idéale de la justice. A l’échelle internationale, il faut prendre en considération les sociétés hiérarchiques, les sociétés autoritaristes. Selon Rawls, il faut créer un cadre qui permette aux sociétés non-individualistes et aux sociétés individualistes de se trouver des normes minimales. On peut donc accepter sa théorie de la justice si l’on part du principe qu’on prend en considération la hiérarchisation ou non des sociétés. Il faut alors déterminer des normes minimales entre des acteurs étatiques si différents que ceux qui sont individualistes et ceux qui sont autoritaires. Ces points communs sont les droits des gens et ils n’ont rien à voir avec le principe de redistribution. Le premier principe est démocratique, c’est celui des libertés dans les régimes démocratiques. Rawls pense aussi qu’il existe des sociétés hiérarchiques fréquentables, elles n’auront pas les mêmes valeurs que les sociétés démocratiques mais ont quelques points communs qui permettent cette norme minimale de valeurs au premier rang de laquelle nos libertés de valeurs.

Sociologie politique 11 - 12 (cours 11)


 La politique publique sur l'aéroport de Notre-Dame des Landes s'éternise et la polémique enfle.



La mise en œuvre des politiques publiques


Les politiques publiques sont très nombreuses et souvent en retard dans leur mise en œuvre.


I.                   Les contextes de la mise en œuvre

1.      L’analyse séquentielle

Développée par Charles Jones, cette notion est assez ancienne et presque désuète. Ce serait l’idée qu’on peut pour chaque politique publique, l’analyser en 5 séquences. Cela est toujours utile quand on a du mal à analyser une politique publique. On commence par l’identification du problème, ensuite c’est le développement du programme, s’en suit la mise en œuvre, puis vient c’est l’évaluation et enfin la terminaison. Ce schéma simpliste permet parfois de dépanner ainsi pour la non-délocalisation de Rolland Garros, il y avait un problème d’excès de spectateurs (phase 1), on décide alors des solutions pour s’adapter à ces nouveaux arrivants tout en se confrontant aux différents points de vue (phase 2). Ces deux premières phases sont souvent très importantes et peuvent entrer en contradiction (comme le TGV Lyon-Turin qui s’éternise depuis 20 ans, suite à un changement de référentiel du commercial au touristique). L’aménagement en lui-même de Rolland Garros s’instaure (phase 3). Lors de la phase 4, on a un rétrocontrôle comme l’évaluation immédiate de la réforme du bac, où l’on a jugé immédiatement indispensable de rétablir l’histoire comme matière essentielle y compris en S.

2.      Les conditions de mise en œuvre des politiques publiques

Il faut en premier lieu qu’on établisse en agenda. Une politique publique doit pour se développer être mise sur l’agenda. Le chercheur Padioleau distingue trois étapes dans cette inscription sur agenda : la problématique, la procédure d’étiquetage et l’intervention politique. Il doit y avoir un réel problème pour que cette politique s’inscrive sur un agenda. Le problème est ensuite étiqueté comme un problème d’ordre public, du coup, sa résolution relève des solutions publiques. Dans le cas des USA, il n’y a pas d’intervention politique sur la question du port d’arme puisque les lobbys empêchent que ce sujet soit posé sur un agenda public.
Kingdon et Kieler parlent d’une fenêtre d’opportunité avec trois streams, trois courants qui dominent : le courant des problèmes, le courant des policies ou des solutions et le courant politique. Ces courants ne se réunissent pas toujours les trois ensembles. Parfois ils sont tous les trois réunis comme la question de l’avortement qui posait problème, instaura l’IVG suite à une intervention politique. En revanche, pour la question de la chute des ventes de voitures qui est un problème, il n’y a pas forcément d’inscription sur le calendrier public ni d’intervention politique. La question de la pollution est un problème public traité par l’Etat en France, mais dans le reste du monde, ce n’est pas toujours une question publique.

La combinaison de ces trois questions tend à complexifier les politiques publiques et cela rallonge le temps d’action des politiques publiques. Comme c’est le cas pour le TGV Lyon – Turin qui traîne depuis 20 ans sans être résolu, idem pour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Cette perte de temps pose un problème entre le lancement d’une politique publique et leur inauguration.



II.                Les transformations de la décision

1.      La décision comme un « processus »

L’incrémentalisme reprend sens dans ce cours. En effet, dans un processus de décision, on n’a plus réellement de décision mais davantage un processus d’arrangement entre acteurs. De plus, la décision est souvent un processus long et du fait de cette longueur, se fait par incrément, petites touches de matières qui altèrent progressivement le sujet. C’est le cas du baccalauréat depuis des années où l’on mêle l’Education Nationale, les professeurs, les parents d’élèves, les syndicats, … Les modifications se sont faites sur des détails précis alors que le fond devrait être changé. Dans les transports aussi, ces décisions sont longues, le tramway parisien n’était pas parisien au départ, il l’est devenu par incrémentalisme. En plus, l’incrémentalisme peut empêcher la mise en place de la politique publique. Les décisions sont moins verticales qu’auparavant, dorénavant, rares sont les effets d’urgence et mieux les projets sont décidés.
Le modèle de la poubelle, développé par des chercheurs américains, permet de comprendre la décision comme un processus en trois étapes où les préférences sont rarement nettes. Les décisions sont ???, elles sont aussi aléatoires (on avait des tramways auparavant, on les a supprimé, on les a remis, on les critique de nouveau) et chaotiques. Cette théorie permet de mieux retranscrire ce qui fait le processus de décision. Il y a un caractère incertain dans les préférences des décisions prises.

2.      L’élargissement des configurations des politiques publiques

Plus on avance dans l’évolution des politiques publiques plus on voit se multiplier les acteurs de ces politiques publiques. Les configurations deviennent de plus en plus larges. Les acteurs sont conviés à consulter, à intervenir, à participer, … Ainsi dans la question des politiques sociales on consulte les familles, les assistants social, les migrants, … Ainsi les forums hybrides se multiplient, on y converse avec des citoyens classiques et des représentants de premier plan sur la politique publique mise en place.
En revanche, l’aspect positif de cette longueur des politiques publiques, c’est qu’avec toutes ces consultations, on prévoit presque tout. On peut répondre à la plupart des questions et la politique acquiert en fiabilité.

Une autre évolution c’est régulièrement l’élargissement des cadres des politiques publiques avec de nouveaux et plus vaste cadres d’actions (Grand Ouest, Arc Atlantique, …). Parfois certaines politiques sont décidées à l’échelle nationale. D’où l’échec de la politique environnementale qui ne peut prendre place qu’à une échelle mondiale. Mais elles restent tout de même souvent locales.

Il arrive aussi qu’on décide d’améliorer des situations en place, du coup, face à un projet qui traîne, on aboutit à une non-décision. L’importance de la non-décision est parfois très importante. Ainsi, en écologie et en environnement, on a une spécialité des non-décisions (éoliennes, hamsters alsaciens, …). Du coup, on n’agit pas et ainsi, on reste fasciné lorsqu’une décision environnementale radicale est prise (sortie du nucléaire de l’Allemagne).

Enfin les décisions ne sont pas toutes si rationnelles que ça. Nous sommes si nombreux à être acteur dans ce cadre qu’on ne peut avoir qu’une rationalité partielle et limitée du fait de notre nombre dans la mise en place des politiques publiques.

mardi 11 décembre 2012

Amériques du Sud 10 - 12 (cours 10)



 Ingrid Bétancourt, symbole de la lutte fructueuse de l'Etat colombien contre les FARC.



Sur les FARC plusieurs points de débat restent présents : Sont-ils ou non des narcotrafiquants puisqu’ils se servent du narcotrafic pour alimenter leur lutte mais que ce n’est pas leur seule ressource ? Sont-ils ou non des terroristes puisqu’ils utilisent des moyens d’action terroristes (attentats, …) alors même qu’ils s’en défendent ?
Un témoignage parlant fut retrouvé dans un carnet de note d’une jeune hollandaise qui s’était engagée parmi les FARC pour défendre la veuve et l’orphelin. Selon elle, les FARC ont toujours un projet politique, organiser le pouvoir selon leurs dogmes et leurs doctrines. Mais elle révèle pourtant que les FARC sont devenus plus des bandits qu’autre chose.
Manque.
On estime aujourd’hui entre 400 et 500 le nombre d’otages détenus par les FARC. L’organisation est organisée et sait pertinemment les ambassades qui sont prêtes à payer pour leurs otages, et celle qui ne payeront jamais (comme Israël). Du coup, cela accentue la pratique des prises d’otages chez les FARC. Mais les FARC n’ont guère d’autre solutions puisqu’ils n’ont pas de soutien dans les pays alentours, à l’exception peut être du Venezuela où ils possèdent des camps.
Venus des oppositions libérales d’après la Violencia, les FARC seraient la collision entre ces groupes libéraux et les groupes révoltés paysans. Par la suite, soutenus par le PCC, les FARC deviennent le bras armé du communisme en Colombie. Mais parallèlement en 1985 est crée le l’Union Patriotique, émanation à la fois des FARC et du PCC, qui est censée représenter l’action pacifique. Un an plus tôt, les FARC ont proclamé qu’ils useraient de toutes les armes pour prendre le pouvoir. Dans ce contexte, l’Union Patriotique est censée être la voix légale et non-violente. Pour cela, ils vont prendre une certaine distance vis-à-vis des FARC devenant plus un concurrent au PCC. Traîtres aux FARC, traîtres au PCC, l’Union Patriotique veut devenir un groupe de gauche pacifique qui condamne les violences des FARC contrairement au PCC. Pendant plus de 6 ans, 3 000 des membres de l’Union Patriotique sont assassinés par des paramilitaires, des groupes de guérilleros, des narcotrafiquants, des forces de l’ordre corrompues, des membres de partis qui les voient d’un mauvais œil ou encore des membres des FARC. On a là, une forme de violence hyperbolique, beaucoup de membres des FARC utilisent la violence à défaut de savoir faire autre chose. Ces gens là seront difficiles à démilitariser.

L’action du gouvernement a donné lieu à une manifestation énorme de la population colombienne à Bogota le 4 février 2008 contre l’attitude générale des FARC. Idem au Venezuela et dans les communautés colombiennes de par le monde. Le 1 mars 2008, l’armée colombienne bombarde un camp de l’Équateur où se trouvait un des personnages important des FARC, Raúl Reyes, le responsable des relations internationales chez les FARC. Cette violation de la souveraineté de l’Équateur va provoquer un rejet presque unanime de tous les chefs d’État d’Amérique Latine vis-à-vis non pas de la Colombie mais des FARC. Le 7 mars 2008, un groupe dans lequel se retrouvent les chefs d’État sud-américains est réuni. Chavez est furieux, Correa est pantois. La discussion avance et l’effet inverse se déroule Chavez finit par serrer Uribe dans ses bras, Correa entre dans fulmine.
Tout au long de l’année 2008, une succession d’évènements révèle les dissensions internes et l’effondrement interne des FARC. Evan Rios tue son ancien chef et va voir, avec la main droite de sa victime, comme preuve, les autorités. Idem lors de la libération d’Ingrid Bétancourt, l’armée colombienne va manipuler tous les systèmes de communication des FARC. L’opération « Echec et mat » se fera sans mêler le Président Chavez ni le Président Sarkozy, Uribe agira seul et sans échanger un coup de feu puisque l’armée avait agit sous couvert d’être une action humanitaire.
Villalobos publie le 15 juin 2008 Tielo perdido pour parler de Marulanda. Il considère que la guerre contre les FARC n’a réellement débutée que dans les années 1990. Celle menée dans les années 1960 ne fut qu’une guerre partielle et ce d’autant plus, que le nombre de FARC à l’époque était plus que réduit. Lorsque cette guerre entre guérillas débute vers 1960, elle se propage en Colombie. Elle se propage mais ne croit pas tant que ça, alors même que le pouvoir central est très affaibli à cette époque. Ainsi jusqu’à la fin des années 1970, les FARC ne sont pas un acteur principal dans ces guérillas.  C’est là qu’on entre dans une seconde guerre, celle où les groupes armés fusionnent avec les narcotrafiquants. C’est avec le commerce de la drogue que les FARC commencent à accorder un intérêt réel à l’argent. Cela fait des FARC, la guérilla la « mieux habillée mais aussi la plus puissante » de Colombie. Avec l’aide des USA négociée par la Colombie, c’est une victoire d’Uribe sur les FARC. ??? hégémonie politique, domination territoriale et capacité de harcèlement permanent du commandement des FARC. Le résultat stratégique est que les FARC, à l’origine une guérilla rurale qui a sans succès voulu intégrer les institutions de l’État, fut repoussée hors des zones paysannes, en direction de la forêt équatorienne qui est invivable.
Villalobos termine en comparant avec le Guatemala et l’Argentine qui dans leurs guerres contre les guérillas dépensèrent énormément, poussant le Guatemala à devenir un État déliquescent et à mettre l’armée au pouvoir en Argentine. En Colombie en revanche, l’État a gagné la guerre avec les guérilleros démobilisés. Il dit aussi que le nombre de tués dans l’armée est très inférieur au nombre de démobilisés dans cette guerre.
La guerre qui a lieu en Colombie depuis les années 1990 n’est pas une guerre civile. L’insécurité a incroyablement baissé en dépit de quelques dommages graves mais occasionnels (membres des forces de l’ordre qui tuent des jeunes gens en les prétextant FARC pour compléter l’exigence de résultats de l’État). Plus de guerre civile, rejet populaire des guérillas, adhésion forte du peuple en la personne d’Uribe, … La littérature garde tout de même des ???. Marc Chernick, politiste et sociologue orienté sur le Venezuela, propose à Uribe une solution politique intégrale. Or ce terme est gênant car depuis 3 décennies, la Colombie tentait de négocier avec les FARC. De plus, les FARC n’ont plus d’idéologie politique en dépit de leurs revendications historiques d’être un groupe politique. L’actuel cœur du message politique des FARC reste la réforme agraire et depuis l’arrivée de Santos cette question est traitée par le Gouvernement. La justice essaye désespérément de récupérer les terres pour retrouver l’ancien propriétaire qui fut spolié. Et cela est évidemment particulièrement difficile à définir. Ce qui restait d’une doctrine légitime FARC, vient donc récemment d’être saisi par le Président Santos et détruit le dernier lien légitime des FARC. Leur ultime argument étant que la lenteur du gouvernement à cette réforme est avant tout une question de mauvaise foi. Face au crime de lèse humanité dont ils sont accusés, face au risque d’être extradés aux USA s’ils sont de gros narcotrafiquants, … Les FARC tentent donc actuellement de négocier comme ils peuvent avec le gouvernement.

Bien évidemment, même si les FARC arrêtent le combat après les négociations, il y aura toujours de la violence en Colombie avec d’autres groupes armés et d’autres guérillas, plus petites mais elles aussi violentes. La guerre interne reste donc présente comme avec les paramilitaires.